L'Usage
de la ganja ne fait qu'augmenter le délire
permanent et qu'aiguiser la créativité
de ce personnage hors normes, farfelu
et visionnaire. Avec lui, le reggae fait
un bond dans le temps mais ausssi dans
l'espace. Les Wailers deviennent le véhicule
idéal pour mettre en orbite ses idées.
A l'arrière de son magasin de disques,
situé sur Charles Street, Perry fait travailler
les Wailers d'arrache-pied. Il leur conseil
notamment d'abandonner leurs harmonies
vocales imitées des groupes de doo-wop
américains. La nouvelle tendance choisie
se précise avec un morceau, Mr.Brown,
qui utilise les ingrédients d'une histoire-ou
plus vraisemblablement d'une rumeur- récoltée
par Perry dans la rue. On avait vu un
certain Mr.Brown traverser Kingston allongé
dans un cercueil, en route pour le cimetière.
Mais d'autres témoins prétendaient l'avoir
rencontré le même jour dans une salle
d'audience du tribunal en chemise et en
cravate. Ce simple incident suffisait
en Jamaïque à attester de la toute-puissance
de l'obea, la magie noire, et à mettre
la ville en émoi. Voilà le genre de sujet
dont se régalait Lee Perry qui, mieux
que quiconque, savait tirer profit de
l'effet comique comme de la dimension
surnaturelle.
Lee
Perry coécrit à cette époque d'autres
chansons avec Marley et Tosh : Small Axe,
400 years, Lively Up Yourself . toutes
sont enregistrées au studio Randy's avec
les meilleurs musiciens du moment, aux
rangs desquels figurent les frères Carlton
et Aston-dits Family Man- Barret, respectivement
batteur et bassiste, qui devaient bientôt
quitter les Upsetters, le groupe de Perry,
pour s'intégrer définitivement aux Wailers.
Avec ce nouveau son chargé d'effets sonores,
de bizarreries, avec ces textes acides
et ricanant, les Wailers inventent un
reggae psychédélique, proche par l'esprit
du funk que réalise Sly&The Family Stone
aux Etats-Unis. Les paroles de Small Axe
montrent combien Perry et les Wailers
aiment pratiquer le double entendement
:
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De
quoi vous vantez-vous, hommes méchants
? Vous jouez les malins et vous
vous conduisez bêtement, Vous faites
le mal pour assouvir votre vanité,
Mais les bienfaits de Jah dure à
jamais. Si vous êtes le gros arbre,
Nous sommes la petite hache.
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A
première écoute, cette chanson apparaît
comme une diatribe politique de type tiers-mondiste.
En réalité, le texte fait référence à
une situation particulière qui était l'exercice
d'un monopole par les trois gros de l'industrie
du disque sur l'île : Federal, Studio
One et dynamic. Profitant d'une similitude
de phonétique, " the big three "-les trois
gros-était devenu " the big tree "-le
gros arbre-qui tôt ou tard devrait tomber
sous les coups de la petite hache, " the
small axe ".
