L'année 1978 se poursuit par la plus importante tournée jamais entreprise par les Wailers. A New York, avant de jouer au Madison Square Garden, Bob reçoit la médaille de la paix du tiers-monde, distinction décernée par l'ensemble des délégations africaines aux Nations unies. En Nouvelle-Zélande, il est reçu par les membres d'une tribu maorie qui l'acceuillent comme le porte-parole de toutes les minorités de la planète. En l'espace de quelques années, le chanteur a gagné en notoriété et surtout un statut qui le place désormais parmi les personnalités les plus influentes sur le plan international.

Alors que ce périple touche à sa fin, Island sort un double album enregistré lors des concerts londoniens et parisiens. Son titre Babylon By Bus précise l'exacte nature de ces tournées au long cours : Bob Marley est en croisade ; il prêche la bonne parole en dansant dans des contrées où règnent sans partage matérialisme et égoïsme. Le pouvoir que le chanteur semble posséder sur les évènements, depuis le concert pour la Paix, ne va d'ailleurs pas tarder à se manifester une nouvelle fois.

Depuis toujours, Marley rêve de se rendre en Ethiopie, souhait qu'il n'a pu réaliser jusqu'alors en raison de la guerre sévissant en Erythrée. Fin 1978, à la faveur d'une accalmie , il s'envole pour Addis-Abeba, afin de visiter les sites historiques et de faire une retraite dans la communauté religieuse de Shashamene où sont rassemblés quelques dizaines de rastas jamaïcains venus s'installer ici plusieurs décennies plus tôt. C'est dans ce lieu propice à la méditation que Marley prend pleinement conscience de son identité d'Africains et compose une chanson au retentissement particulier : Zimbabwe. Car à quelques milliers de kilomètres plus au sud, la guerre d'indépendance de l'ex-Rhodésie approche de son dénouement.

Zimbabwe va se répandre sur tout le continent africain et devenir l'un des symboles les plus forts du combat pour s'affranchir des dernières manifestations du colonialisme. Les 18 et 19 avril 1980, le Zimbabwe fête la victoire et les premières heures de son indépendance. Un concert est organisé dans le Rufaro Stadium de la Capitale, Salisbury, qui s'apprête à changer de nom pour devenir Harare. Qui, autre que Bob Marley et les Wailers, dont le chanson a été un soutien moral aux combattants pour la liberté de la Z.A.N.L.A. (Zimbabwe Africain Liberation Army), pouvait mieux clôturer ces deux jours de célébration ? Le soir du 18 avril, dès que les premières notes de I Shot The Sherrif retentissent dans le stade, c'est l'émeute !

La foule arrache les grilles de protection et les forces de l'ordre sont contraintes de tirer des grenades lacrymogènes. Le groupe quitte la scène et va se réfugier dans un camion, avant de revenir pour un final extatique : cent mille personnes chantent le refrain de Zimbabwe à l'unisson avec Marley.


 
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