|
Depuis
toujours, Marley rêve de se rendre
en Ethiopie, souhait qu'il n'a pu
réaliser jusqu'alors en raison de
la guerre sévissant en Erythrée. Fin
1978, à la faveur d'une accalmie ,
il s'envole pour Addis-Abeba, afin
de visiter les sites historiques et
de faire une retraite dans la communauté
religieuse de Shashamene où sont rassemblés
quelques dizaines de rastas jamaïcains
venus s'installer ici plusieurs décennies
plus tôt. C'est dans ce lieu propice
à la méditation que Marley prend pleinement
conscience de son identité d'Africains
et compose une chanson au retentissement
particulier : Zimbabwe. Car à quelques
milliers de kilomètres plus au sud,
la guerre d'indépendance de l'ex-Rhodésie
approche de son dénouement.
Zimbabwe
va se répandre sur tout le continent
africain et devenir l'un des symboles
les plus forts du combat pour s'affranchir
des dernières manifestations du colonialisme.
Les 18 et 19 avril 1980, le Zimbabwe
fête la victoire et les premières
heures de son indépendance. Un concert
est organisé dans le Rufaro Stadium
de la Capitale, Salisbury, qui s'apprête
à changer de nom pour devenir Harare.
Qui, autre que Bob Marley et les Wailers,
dont le chanson a été un soutien moral
aux combattants pour la liberté de
la Z.A.N.L.A. (Zimbabwe Africain Liberation
Army), pouvait mieux clôturer ces
deux jours de célébration ? Le soir
du 18 avril, dès que les premières
notes de I Shot The Sherrif retentissent
dans le stade, c'est l'émeute !
La foule arrache les grilles de protection
et les forces de l'ordre sont contraintes
de tirer des grenades lacrymogènes.
Le groupe quitte la scène et va se
réfugier dans un camion, avant de
revenir pour un final extatique :
cent mille personnes chantent le refrain
de Zimbabwe à l'unisson avec Marley.
|