Rastaman vibration

Trois ans après que Marcus Garvey a lancé sa célèbre prophétie de 1927, le jeune Ras Tafari Makonnen monte sur le trône d'Ethiopie sous le nom de Hailé Sélassié : Le pouvoir de la trinité. Pour les adeptes de Garvey, il ne fait aucun doute que ce descendant de Ménélik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, est bien le messie noir annoncé, porteur de bonnes nouvelles pour la diaspora africaine.

En 1940, la première communauté rasta naît dans un domaine proche de Kingston appelé le Pinnacle. Sorte de culte recycleur, elle unit des notions historiques propres à l'exode biblique, des conseils diététiques présents dans la religion brahmanique et un rapport permanent à cette magie primitive qui confie les phénomènes naturels à la volonté de divinités occultes, telle qu'on la trouve dans les pratiques religieuses africaines. Les rastas ne se rasent pas, ne se peignent pas ni ne se coupent les cheveux, selon un des préceptes du lévitique. Ils adoptent un régime alimentaire sans alcool ni sel et composé essentiellement de fruits, de racines, de poissons, porteurs d'écailles, de graines, de légumes. En revanche, la consommation de marijuana, la ganja, est un rite sacré essentiel parce qu'il favorise la méditation. Pour se faire respecter, Marley adopte les manières parfois brutales. Dans Kingston, on le baptise " Tuff Gong "- Dur comme le gong-nom qui, plus tard, deviendra celui de son propre label. Chris Blackwell, le directeur des disques Island qui jouera un rôle primordial dans la carrière internationale de marley, a pu parfois vérifier l'authenticité d'une telle réputation. " Un jour, je l'ai vu attacher quelqu'un à un arbre et le fouetter jusqu'au sang. Le type était un pickpocket qui avait exercé ses talents sur des invités de Bob. Mais je l'ai vu aussi faire le jardin d'une pauvre vieille qui ne pouvait plus se déplacer.

Son code de conduite venait de la rue. Tu lui marchais sur le pied, il réagissait. Et ça, les gens le savaient. Une fois devenu célèbre, il pouvait aller n'importe où dans le ghetto, laisser sa voiture avec les vitres baissées et les clefs de contact dessus, personne n'osai y toucher. C'était un chef naturel. "

Après Simmer Down, d'autres chansons viennent sceller le pacte liant les Wailers à la génération rude boys : Put It On, Jail House, hymnes fiers, semence révolutionnaire qui repoussent au second plan les compositions romantiques. Dans Jail House, on entend ces mots : " Vous ne pouvez pas combattre les jeunes parce qu'ils sont les plus forts. " Les Wailers ne font qu'amplifier des sentiments largement répandus au sein de la population adolescente : vouloir s'affranchir des modèles anciens, vivre sans les contraintes d'un passé de soumission et de misère.


 
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