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Histoires
de famille
La
Jamaïque est ainsi faite, mi-sucrée,
mi-amère, et le reggae, son fils tonnant,
contient cette saveur double, mêlant
étrangement dans sa lourde syncope
douleur et sensualité. Cedella, sixième
enfant d'une famille qui en comptait
huit, avait dix-neuf ans lorsque,
sur l'un des sentiers conduisant aux
champs, elle fit connaissance du capitaine
Norval Marley, quartier -maître de
l'armée Britannique, nommé en 1944
surveillant des domaines de la couronne.
Jamaïcain blanc, cet homme de petite
taille, alors âgé d'une cinquantaine
d'années, venait d'une famille aisée
d'hommes d'affaires et de planteurs.
Les Marley possédaient entre autres
la plus grande société de location
d'outillage de la Jamaïque. La mère
de Norval, miss Edith Marley, habitait
un quartier chic de la banlieue résidentielle
de Kingston, près de Hope Road.
L'annonce de la grossesse de Cedella
provoqua de grands remous dans chacune
des familles. Si Omeriah Malcom finit
par accepter la proposition du capitaine
d'épouser sa fille, en revanche Edith
Marley, apprenant que son fils s'était
lié charnellement avec une petite
Négresse de la campagne et que le
fruit de cette relation était en chemin,
le déshérita.
Le bébé naquit vers deux heures trente
le matin du mercredi 6 février 1945.
Il pesait sept livres et fut baptisé
Robert Nesta Marley. C omme le veut
une coutume africaine, le placenta
fut emporté et brûlé au pied d'un
cocotier dans un champs d'Omeriah.
Robert était le prénom du frère de
Norval. L'origine de Nesta demeure
inconnue, mais en 1962, alors qu'il
émigrait avec sa mère aux Etats-Unis,
le jeune Nesta Marley se présenta
devant un officier d'état civil qui,
jugeant qu'un tel prénom ne pourrait
plaire aux autorités américaines,
suggéra à sa mère d'inverser l'ordre.
Nesta devint Robert, puis tout naturellement
Bob.
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