The Argan Foundation
Au Maroc, un arbre existant depuis des millions d'années disparaît. Le désert s'étend. L'exode rural est important. L'arganier est une possibilité de résoudre ces problèmes.

PRESERVEZ L'ARGANIER

Extrait du discours du Trône (30 juillet 2000)

"...Nous saluons le rôle efficient joué par la société civile qui s'est impliquée de manière efficiente dans la lutte contre la pauvreté, la pollution et l'analphabétisme. Ce qui nous incite à appeler les autorités publiques, les collectivités locales et l'ensemble des organismes publics et privés à établir avec cette société civile toutes les formes de partenariat et à lui fournir toutes sortes d'aides. Nous sommes fier de voir l'élite de la société civile s'intéresser à la chose publique et à l'action associative et s'impliquer dans des domaines relevant jusque-là exclusivement de l'Etat, ce qui dénote de la maturité du peuple et de ses forces vives.

Autant nous sommes convaincu de la complémentarité de la société civile et de la société politique- et non de leur opposition comme le prétendent d'aucuns qui, sous ce prétexte, veulent s'accaparer indûment le champ de l'action nationale- autant nous considérons que le dynamisme et l'efficacité de la société civile dans les domaines du développement locale, de la lutte contre la pauvreté, la pollution et l'analphabétisme ainsi le rôle éducatif, d'encadrement et de proposition de ses éléments actifs qui ne se reconnaissent pas dans les structures du monde politique, devraient inciter ce dernier à mettre à niveau ses mécanismes, à rénover ses structures, à changer ses méthodes de travail et à accorder le plus grand intérêt aux conditions de vie, au quotodien, des citoyens au lieu de courir derrière les intérêts égoistes et personnels, verser dans l'invective, céder à des formes de populisme nuisables à toutes les composantes de cette société politique, de laquelle nous attendons qu'elle assume pleinement sa fonction constitutionnelle consistant à éduquer et à encadrer les citoyens..."

PRESERVEZ L'ARGANIER

pp. 126-128 De l'exploitation traditionnelle à l'exploitation intensive de l'arganeraie

Les cultures sont en train de marginaliser l'exploitation traditionnelle de l'arganeraie. Est-ce à dire que ces cultures rentabilisent au mieux l'arganeraie? Certes oui, mais cette rentabilité n'est que financière et n'intéresse le "fellah" qu'à très court terme. D'ailleurs, ce genre de pratiques dans des zones aussi sensibles et marginales et dans l'état actuel de son exercice, constitue le facteur le plus dégradant de l'écosystème arganier.

L'arganeraie s'est toujours prêtee à une exploitation traditionnelle que les populations usagères continuent à pratiquer. Dans certaines zones, elle constitue l'unique recours pour la survie de ces populations. La récolte de fruits d'argane, le pâturage et la céréaliculture en cour sont les principales activités qui maintiennent en place ces collectivités aux conditions de vie très modestes.

Dans l'Anti-Atlas, chaîne de montagnes aux portes du Sahara, l'arganier couvre encore de vastes étendues malgré la péjoration du climat et la forte pression anthropozoogène. L'arganier continue à être traité par les populations de la même manière que l'ont fait leurs ancêtres depuis des siècles, et pourquoi pas des millénaires. Cet arbre sacré a toujours été considéré comme un "bien familial" où un seul spécimen peut avoir parfois jusqu'à dix usufruitiers voire plus, qui se partagent sans problème la récolte de fruits. Cet attachement à l'arganier se manifeste aussi par la surprenante conservation des arganeraies antiatlasiques, jalousement surveillées par les usagers eux-mêmes.

Cette situation contraste fortement avec celle de l'arganier dans la plaine du Souss et plus particulièrement à Admine, où la pression et les progrès de l'agriculture l'ont dévalorisé graduellement, d'où son élimination progressive en tant que "gêneur". Néanmoins, l'arganier subsiste encore dans certains recoins de cette forêt où il garde sa spécificité. Les usufruitiers veillent à maintenir cette pratique traditionnelle, et n'ont pas encore succombé à la tentation d'intensifier la culture dans leurs parcelles. C'est le cas dans tout le sud-est de la forêt (commune de Birougra). A vrai dire, sa conservation résulte de la profondeur de la nappe phréatique (au delà de 100 mètres) difficilement exploitable, et des sols sableux profonds qui se prêtent mal à l'agriculture intensive.

Les cultures intensives dans l'arganeraie rapportent des bénéfices importants et contribuent au développement socio-économique de la région; mais le revers de la médaille se traduit par une dégradation et une prédation du couvert végétal et des sols. Elles constituent le facteur le plus prépondérant dans le recul de l'arganeraie.

Ces cultures nécessitent la mobilisation de capitaux importants dont seuls les grands "fellahs" disposent. Le petit usager en est dépourvu et se trouve donc amené, devant les offres alléchantes de ces exploitants et spéculateurs, qu'ils soient locaux ou venant d'autres régions du pays, à louer ses droits de jouissance sans se soucier du devenir de "sa parcelle". Ces exploitants qui investissent des capitaux importants ne pensent qu'à tirer le maximum de profit dans un laps de temps réduit. Seuls les bénéfices immédiats les préoccupent; et l'arganier s'érige alors en gêneur dans beaucoup de cas, comme celui des secteurs à serres qui exigent pour les exploitants des terrains dépourvus d'arbres. Ces cultures se déplacent dans l'espace à plus ou moins brève échéance. La surface boisée ne peut donc que régresser sous cette emprise, et les processus de désertification risquent inéluctablement de s'étendre sous des conditions climatiques aussi arides et similaires.

Contrairement aux cultures intensives, l'exploitation traditionnelle protège beaucoup plus l'arganier, elle préserve l'écosystème, sous réserve que la charge animale ne soit très prononcée. Les sols ont une garantie de protection contre l'érosion, surtout éolienne dans ces zones très sensibles et à équilibre fragile. La pérennité de l'arganier depuis des dizaines de siècles est une preuve concrète du bienfait de ce mode d'exploitation. L'arganier traité en tant que tel représente la certitude qu'un niveau de vie, modeste sans nul doute mais assuré, peut être maintenu pour les populations locales.

En plus du revenu modeste que procure l'exploitation traditionnelle, d'une manière soutenue et perpétuelle, en relation avec la préservation de l'arganeraie, la valeur de cet environnement boisé, difficilement quantifiable, dépasse de très loin tous les bénéfices à court terme du secteur intensif.

 

pp. 128-129 Orientations pour l'action

Le présent ouvrage propose une esquisse de l'état actuel des connaissances sur l'arganier en mettant l'accent sur les fonctions et les usages multiples et sur la sylviculture de cette espèce. En effet, l'arganier est non seulement une réalité écologique, mais également un produit social, celui d'une économie et d'une forme d'exploitation particulière. Il est le résultat de diverses interactions possibles entre une société rurale caractérisée par ses ethnies, son histoire, ses coutumes, etc., et son milieu caractérisé par l'aridité du climat. Les écosystèmes de l'arganier se trouvent actuellement dans une situation de "non-aménagement" dans laquelle l'espace est plus "consommé" qu' "aménagé". Cette forme d'exploitation finaliste risque de transformer, à long terme, l'arganeraie en une steppe désertique dont les conséquences sur le développement agro-sylvo-pastoral de cette zone ne seraient pas négligeables (M'Hirit, 1987).

La bibliographie montre l'importance des recherches biochimiques entreprises depuis fort longtemps en vue de la connaissance et de la caractérisation de l'huile d'argane. Par contre, elle fait ressortir une certaine carence concernant les domaines de la valorisation des usages de l'arganier. Il paraît donc indispensable de développer un programme de recherche qui impliquerait l'intervention multidisciplinaire non seulement de spécialistes mais également de gestionnaires et d'utilisateurs des ressources de l'arganeraie. Dans ce cas ce sont, en règle générale, les données des structures et de fonctionnement relatives à l'écosystème "arganier" qui seront à rechercher et à utiliser.


Tout savoir sur l'arganier et l'huile d'argane
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