Cette
semaine, l'actualité me laisse perplexe.
Toujours la même rengaine des guerres
et des conflits politiques. Toujours
le même chant et j'aimerai, aujourd'hui,
changer la mélodie. Je voudrais
rendre hommage à un homme. Son nom
évoquera peu de choses aux non-assidus
de la vie internationale. Cet homme
se nomme Juan Guzman.
Ce personnage énigmatique est un
juge chilien. Son nom est associé
à Augusto Pinochet et au Chili.
Il est le premier à avoir mis en
inculpation ce " tortionnaire "
militaire. Ce grand général protégé
par une immunité supposée inviolable.
Mais retournons un peu en arrière,
il y a un an et demi, les journaux
du monde entier se mobilisaient
pour dénoncer les ravages de l'armée
chilienne durant la dictature. A
cette époque, Augusto Pinochet séjournait
en Grande-Bretagne, bien confortablement
installé dans un hôpital londonien.
Le juge Guzman l'attaque et demande
son extradition vers le Chili. Il
a à son appui une centaine de plaintes
de familles dont les proches sont
morts assassinés ou portés disparus.
Londres hésite, consulte les Parlementaires
et des médecins spécialisés en neurologie.
Le verdict tombe et Londres, jugeant
le général inapte mentalement à
suivre un procès, le renvoie chez
lui mais non à la justice. Quel
scandale ! Quelle honte quand le
monde entier voit Pinochet sortir,
en fauteuil roulant, de l'avion
et se lever devant un public criant
victoire. Il a l'air d'aller bien
le général surtout après plus de
dix heures de vol ! Mais naturellement,
on excusera Londres qui a dû se
débarrasser d'un hôte encombrant.
On s'aperçoit dans ce contexte de
la difficulté que rencontre toujours
la justice face aux politiques.
Comment le Chili peut-il trouver
sa voie démocratique si on ne l'aide
pas ? Le juge Juan Guzman est le
seul à s'être levé et à avoir bravé
le pouvoir militaire. Il a de la
chance d'être encore en vie, il
doit être protégé, car l'armée chilienne
a la réputation d'assassiner ses
opposants. On se souviendra des
moments noirs du Chili dans les
années 70. N'a-t-on pas découvert
récemment que la CIA avait soutenu
et aidé l'armée à prendre le pouvoir
lors du coup d'Etat de 1973 ? Et
par cela qu'elle est, en partie,
responsable des exactions commises
ainsi que de la mort du président
déchu, Salvador Allende. Et pour
quelles raisons ? La peur du communisme
? Mais là n'est pas le sujet. Je
voudrais revenir à cet homme, à
sa détermination et à son courage.
Il n'a pas lâché prise après le
retour du général, il a obtenu l'annulation
de son immunité et vendredi 1er
décembre, il a inculpé l'ancien
dictateur. Le magistrat lui reproche
d'être l' "auteur intellectuel "
et le " coauteur " des exécutions
sommaires de soixante-quinze opposants
en octobre 1973 par une unité militaire.
Même
s'il rencontre des opposants dans
sa propre magistrature, il faut
soutenir son action. On se rend
vite compte que la justice a encore
un long chemin à parcourir et j'espère
que son dénouement sera proche,
avant la mort du " tortionnaire
" qui, paraît-il, à des problèmes
de santé.
Dans
quelques pays que ce soit, il faut
aider la justice et espérer qu'elle
ait plus de pouvoir. Il y a tellement
d'assassins de haut rang qui se
la coule douce qu'on en frissonnerait
! La justice doit être rendue pour
ces millions de victimes d'exécutions
sommaires dont les droits ont été
bafoués et qu'il ne faut surtout
pas oublier.
Fevrier
2001, Alezane
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