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Il
se passe quelque chose d'étrange et
d'assez inattendu en France, en ce
moment. On pourrait parler d'une rétrospection
forcée, de vieux souvenirs oubliés,
cachés mais certainement pas résolus
et donc voilà, quand on ne résout
pas un problème il resurgit. Il ne
s'agit pas de magouilles politiques
ou de supposés emplois fictifs, il
s'agit d'actes bien plus graves :
la torture.
| Pourquoi
reparle-t-on de la torture en
Algérie, pourquoi rouvrir cette
plaie béante et douloureuse ?
Lionel Jospin ne doit pas être
très content, encore un problème
sur le dos qui divise encore et
toujours " sa " gauche plurielle.
Le PCF demande une commission
d'enquête parlementaire sur la
torture durant la guerre d'Algérie
et le PS se cantonne sur l'idée
d'une commission spéciale d'historiens.
Les Verts sont indécis. Que penser
de tous ces différends ? La population
française estime en majorité l'utilisation
de la torture " condamnable. Les
révélations faites par deux anciens
généraux ont mis le feu aux poudres.
Que penser de ce général (Monsieur
Aussaresses, de son nom) qui avoue
l'utilisation permanente de la
torture et même d'avoir pris part
à des exécutions sommaires ? Les
Français pourraient accepter cet
aveu comme un acte de courage,
mais l'ennui dans l'histoire se
sont les regrets. La France aime
les remords et les scènes larmoyantes.
Mais le peuple est encore déçu.
Cet homme avoue mais ne regrette
pas et dit être prêt à recommencer.
Alors là, le peuple français s'indigne
: comment est-ce possible ? Des
généraux français ont torturé,
c'est inimaginable, c'est pire
que les vices politiques ! Comment
accepter cela ? |
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Mais cette indignation hautaine est
chauvine. Le problème n'est pas la
torture en elle-même, le véritable
enjeu de ces révélations, c'est la
mise en cause de l'armée française.
Ce sont donc les couleurs du pays
qui sont touchées, l'armée c'est la
Nation, la République. D'ailleurs,
qu'en pense Monsieur Chevènement ?
L'armée c'est la force d'un pays,
c'est la défense de l'identité nationale
contre l'invasion d'autri différent,
l'armée c'est la sécurité nationale,
la défense contre quoi ? Ah oui, le
bœuf, j'oubliais. C'est comme si on
touchait à l'artère principale qui
irrigue le cœur de notre vie nationale.
On pourrait même dire que la guerre
d'Algérie est à la France ce que la
guerre du Vietnam est aux Etats-Unis.
Et donc là, il y a un problème. Il
est plus facile de mettre l'Etat en
contentieux judiciaire que l'armée
de France ! Le Premier Ministre nous
parle de commission d'historiens,
nous pourrons, nous peuple français,
savoir s'il y a eu torture et dans
quelles conditions. C'est bien. Les
journaux pourront conter ces histoires
morbides, avec en plus quelques anciens
témoignages et ce sera parfait. Des
histoires terribles comme ces feuilletons
américains, quelle gratitude ! Oui
et après, voilà c'est tout. Il manque
tout de même quelque chose à cette
belle mélodie. On a oublié un mot
: justice. L'armée a torturé ? On
le sait. Elle le reconnaît ? Très
bien. Et ensuite ? Et bien ensuite,
rien. L'armée pourra recommencer et
dans quarante ans, on en reparlera,
d'accord ? Il faut tout de même préciser
un exploit de taille, nous reparlons
de la torture en Algérie quarante
ans après les faits, il avait fallu
attendre cinquante ans pour la spoliation
juive, c'est un progrès énorme. La
France deviendrait-elle un peu moins
archaïque ?
Ne
nous laissons pas entraîner dans des
blabla qui ne servent à rien. Nous
ne devons pas tolérer l'immunité de
l'armée. Elle représente l'exécutif
et nous ne pouvons pas parler d'ingérence
judiciaire depuis la séparation des
pouvoirs. Dans de nombreux pays que
l'on considère comme dictatoriaux,
l'armée est toujours très puissante
et généralement contre le peuple.
L'armée ne doit pas passer à travers
les maillons de la justice, nous ne
devons pas accepter cette tolérance.
Encore une fois, la démocratie doit
prendre son cheval de bataille mais
sans violence ni torture, ce qui sera
donc très long.
Alezane
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