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Les iles Anglo-normandes

Géologue parceque visionnaire, Victor Hugo disait des iles Anglo-Normandes qu'elles étaient " des morceaux de France tombées à la mer ". Elles furent, sans doute, rattachés au continent, il y a des millénaires. Les vieux grimoires confirment le propos d'Hugo. Aux environs de l'an 700, une marée gigantesque emporta, prétendent-ils, la forêt qui couvrait la baie du Mont-Saint-Michel. Jusqu'à cette époque, les évèques de Coutances venaient visiter leurs ouailles en chaises à porteurs.

Les iles anglo-normandes sont au nombre de sept. Deux majeures, Jersey et Guernesey ; deux mineures à la mesure d'un Robinson Crusoé, Sercq et Aurigny. Enfin, trois îlots, Herm, Jethou et Brechou. Elles constituent un archipel de quelque 7000 km2.

Dans la nuit des temps les îles ont connu l'occupation romaine. Puis, Guillaume Longue Epée, le fils du viking Rollon devenu duc de Normandie les rattacha à son duché. Longtemps la capitale de l'archipel fut Rouen. Mais les autochtones ont toujours su se menager franchises et libertés : le pouvoir était loin, la mer piquée de récifs.
Quand, le 14 octobre 1066 guillaume le conquérant s'adjugea la couronne d'Angleterre après avoir triomphé à Hastings, les îliens considérèrent l'évènement comme nul et non avenu. A leurs yeux, un seul personnage comptait : le duc de Normandie. La nuance est importante et explique le particularisme de Jersey et Guernesey. Les deux bailliages ne veulent connaître que le duc de Normandie, incarné par le roi d'Angleterre certes, mais seulement dans la mesure oùles îliens veulent bien le considérer comme l'héritier de leur feu duc. La distinction est subtile. Ceux de l'archipel en ont joué au cours des siecles pour défendre leur identité et leur indépendance.
Lorsque Jean sans Terre ( surnom impropre au yeux des anglais puisque ce Jean fut quand même roi d'Angleterre ) lorsque le roi Jean, donc , cèda à Philippe Auguste son duché de Normandie, il oublia dans la cession les îles Anglo-Normandes, menue monnaie tombée du continent que, sur le moment, Philippe ne songea pas à rafler. Quand il y pensa, il était trop tard. Il s'ensuivi une succession de guerres, les français s'acharnent à prendre ce qu'ils avaient oublié de ramasser, les Anglais défendent avec acharnement ces tiques piquées dans le flanc de la France. L'Anglais avait accordé des franchises, le Français semblait plus autoritaire. Les îliens se défendirent contre l'assaillant. L'arc puis le mousquet faisaient parties de la panoplie du normand des îles.
Puis ce fut la grande affaire du parlement contre le roi d'Angleterre. Jersey se déclare royaliste, Guernesey parlementaire. a partir de là, l'Histoire devient double. Chacune a la sienne. Mais ce que Jersey et Guernesey gardent en commun c'est l'esprit d'indépendance, le goût de la tradition. Ainsi une des coutumes les plus curieuses qui a survécu à tous les avatars est celle du " Haro ".
L'homme qui s'estime lésé ( par exemple : en cloturant un champ, un voisin empiête sur votre térrain ) va quérir deux témoins, s'agenouille dans le champ et crie : " Haro ! Haro ! A l'aide mon Prince, on me fait tort ! " Ce cri poussé, le voisin doit abandonner ses travaux de clôture en attendant que la cour statue sur l'affaire.